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Rouge

 

Rouge.

Un volcan. Violent.
Son crépitement intérieur.
C’est ça. Précisément
Ce sont les stigmates que l’œuvre de Denise Lachapelle nous inscrit dans les tripes.

On sent le battement d’un cœur fauve qui surgit dans l’urgence du trait.

On sent la joie de ne pas être seule finalement.
Après tout.

On sent la douleur nécessaire et toute cette lumière contenue et irradiante.

Cette lumière-là.
Immense.

On sent ce gouffre dans le ventre.
Comme un endroit où revenir.
Un endroit à combler.
Chaque toile est un pays où il y a tellement à franchir.
Une volière aux oiseaux farouches et indomptés.

On sent la mère criant comme un mirage dans le désert.

Ce corps de femme irrigué et tiré vers le fleuve de l’enfance.
L’âge nous exile et nous tire.
Nous tire et retire.
Nous bascule dans la mémoire.

On ne sentira jamais assez. Ce n’est qu’une bouffée d’air.

Quand l’artiste peint, c’est dans l’émerveillement.
La jeunesse à la fin des doigts.
À la fermeture des yeux.
Une naïveté contrôlée ou une âme fougueuse?
Je ne sais pas.
Une maturité qui dépasse l’œuvre.

La vie est partout.
À vif.
La vie transpire.
À l’asile dans nos bras.
Un asile comme un refuge.
Un reste d’étreinte avant la folie.
Une trêve enveloppante.
L’étreinte sauve.

C’est l’élan euphorique qui suit.
Ce qui suit, c’est la posture dans laquelle on atterrit dans l’art.
Le brouillard, après.
Une certitude s’il vous plaît.
La voici : la peinture de Denise est un geste éperdu de liberté.
Je sais ça.

Bleu.
Le doute. Le doute exact.
Le poison essentiel de la création.

C’est dans le bleu que Entracte convie notre œil.
Bleu,
témoin d’une mémoire sans nom du corps ravagé,
du silence.

Tout cet amour dirigé vers les autres.
Mitraillé vers l’autre.
Ce doute transcende l’œuvre. Il la rend profondément humaine et vivante
et fait écho à notre propre inquiétude.

La seule vérité qui persiste dans ce magma d’incertitude : c’est le moment, l’instant saisi.

La décision de freiner ce qui nous bouge.
Un volcan intercepté à l’éruption.
Figé dans un moment de vie extrême.

La seule vérité demeure un frein à l’ouragan, un plein d’absolus.
Un instant d’apnée pour vivre davantage.
Être immobile une seconde pour mieux se courir après.
L’ouragan qui nous occupe.
Nous emporte, nous garroche.
À l’Entracte.
L’entracte:le seul moment viable du repos des sens.
Repos du sens.
L’entracte enchâssé entre deux torrents de vie.

Denise Lachapelle nous accompagne dans cette aventure intérieure. Elle prend part au spectacle de l’éboulement.
Tapie dans le creux d’une couleur évasive.
Elle est là, nous regarde la regarder.
Nous ratisse-le dedans.

C’est la science de celle qui a vécu bien avant elle.
Celle qui a tant à naître.
Qui cherche à vivre plus.
L’âme dirigée comme une étoile.
L’intuition à fleur de peau.

L’entracte parce que la vie est un spectacle exclusif.
Un spectacle à ciel ouvert.
Un spectacle libre-service.
Libre.
Oui.

L’entracte comme une morsure pour figer la vie.
La rendre nôtre.
Se rapatrier à nous-mêmes,
et se dire qu’il y a une suite après nous.

Un entracte
Pour être soi
D’une traite.

Dany Boudreault